Le vide ne laisse pas de vide

Je vous ai aimés, parfois plus que moi-même.
Vous comptiez. Vous faisiez partie de ma vie, et je m’estimais chanceuse, vernie même, de vous avoir. Alors j’ai donné. Peut-être tout.

Je n’ai pas vu que la balance ne penchait que d’un côté. Je n’ai pas vu que j’étais le bouche-trou, la chose pratique, la présence sans complication qu’on appelle quand il n’y a personne d’autre.

Avec vous, pour vous, j’ai été souple, tolérante, généreuse. C’étaient des cadeaux. Je vous les offrais pour vous plaire, parce que j’étais ainsi. Vous les avez pris sans même les voir. Pour vous, c’était normal. C’était votre dû.

Le jour où j’ai demandé un peu de respect, un peu de soutien, vous m’avez tendu deux miroirs : l’orgueilleuse qui exige trop, la mendiante qui quémande. Comme si vouloir être traitée avec égard était à la fois une prétention et une aumône.

Alors j’ai ouvert les yeux. Vous me maltraitiez, et moi je me pliais en quatre pour que la chimère tienne debout. Parce que sans elle, je n’avais plus personne. Du moins, c’est ce que je croyais.

Et puis un jour, le courage est venu d’un coup. Je vous ai fait sortir de ma vie. Au fond, ce n’était pas si difficile : je n’avais jamais vraiment fait partie de la vôtre.

J’ai attendu la douleur. J’ai attendu le manque, les larmes, les nuits lourdes. Je m’étais préparée à souffrir.

Rien n’est venu.

Je suis restée là, éberluée, devant cette évidence que je n’avais pas vue venir : on ne perd pas ce qu’on n’a jamais eu. Le vide, en partant, ne laisse pas de vide. Il laisse de la place.

Fantine Paquier · Suisse

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